Jour 6, 11 juillet : merveilles du triangle culturel
Ce matin nous quittons Kandy pour prendre la route vers le nord. Nous l'avions envisagé en train ou bus, pour rejoindre Habarana où nous devons séjourner 3 nuits. Finalement, après d'âpres négociations et réflexions, nous optons pour un chauffeur, Djintchaka, que nous avons eu la veille, ce qui nous permettra de faire sur le chemin plusieurs arrêts. Cela nous permettra de voir plus de choses que prévu et nous évitera de redescendre au sud d'Habarana pour celles que nous avions programmées.
Il nous faut réveiller les gars qui ont tardé à s'endormir la veille, mais Karine avait savamment rempaqueté les sacs (reconfigurés, maintenant que nous sommes là pour 3 semaines, de sorte à les reclasser par type, alors que pendant l'avion, nous répartissons les affaires de chacun dans tous les bagages en cas de perte d'un sac), donc ils n'ont plus qu'à avaler leur petit déjeuner et c'est parti!
Notre périple d'environ 140 km sera ponctué de 4 arrêts, à commencer par le monastère d'Aluvihara, tout près de Matale. L'ensemble est composé de plusieurs grottes décorées de fresques, les reliefs de la roche donnent une impression de drapé, c'est plutôt joli. Le tout dédié bien sûr à Bouddha...
Deux grottes sont un peu flippantes, la première illustrant en divers tableaux les châtiments infligés aux "pêcheurs" (gore !) et une deuxième chambre des horreurs présentant à peu près la même chose en 3D, avec des mannequins aussi kitch que troublants, notamment celui mangeant la cervelle d'un autre à la petite cuiller... Âmes sensibles s'abstenir !
Le reste de la visite est heureusement plus réjouissant : une chouette vue depuis le dagoba et la visite de la bibliothèque où l'on nous explique que les moines écrivaient jadis sur des feuilles de bananier séchées à l'aide d'un poinçon, ensuite saupoudrées de poudre de charbon et enfin essuyées à l'huile de noix de coco. Il nous en fait la démonstration en inscrivant le nom des gars sur un petit bout de papier de bananier, moyennant donation...
Nous avions en fait déjà vu cette technique à Bali, mais c'est intéressant de voir qu'elle était également répandue ailleurs. La bibliothèque renferme quelques uns des parchemins originels que copiaient ici quelques 500 moines il y a un millénaire, et une des grottes reproduit cette scène en statuaire.
Nous pensions enchaîner avec une autre visite de temple mais le chauffeur insiste lourdement pour faire un arrêt dans un jardin aux épices... Nous cédons mais savons pertinemment à quoi nous attendre ! Et effectivement, un étudiant en médecine ayurvedique nous balade gentiment dans un jardin fort agréable au demeurant, en nous expliquant les innombrables vertus que confère chacune de ces plantes... Bien sûr vendues sous forme d'huiles essentielles, gels ou autres crèmes à prix exorbitants à la sortie ! Enfin les gars adorent sentir chaque fiole et sont surtout marqués par l'arbre à caoutchouc, sur lequel on ne voit sans doute pas trop le fil que tient Oscar en faisant le zouave...
Nous ne revenons pas les bras chargés de crème dépilatoire définitive au bout de 12 applications, ni de sirop anti-cellulite, cholestérol, hypertension, etc. en cure de 4 mois, ou encore d'huile qui fait repousser les cheveux au bout de deux mois. On prend un petit flacon de citronnelle pour les moustiques et on repart... Cet arrêt imprévu ayant bien entamé la journée, nous décidons de sauter la pause déjeuner et de pique niquer en voiture en achetant quelques victuailles en bord de route : chips bien sûr pour les gars, maïs chaud, petites brioches aux légumes (super spicy !) et pour Eliott, comme tous les jours, c'est Bledichef sorti tout droit du sac à dos!
Nous voilà prêts pour notre prochain arrêt, les grottes de Dambulla, au centre du triangle culturel et également du pays. Aujourd'hui nous avons gardé nos pantalons malgré la chaleur car les temples se visitent jambes et épaules couvertes, et pieds nus... On laisse à chaque fois nos chaussures à l'entrée (contre donation... Le concept du temple c'est aussi de faire des donations tous les cinq mètres!). Un imposant bouddha doré d'une trentaine de mètres de haut nous accueille à l'entrée du site.
Nous commençons l'ascension de la colline, peuplée de singes, lézards, chiens, chats et autres bestioles qui ravissent nos loustics dans un escalier bordé de cactus en fleurs.
Au sommet, le bord de la falaise est longé d'une sorte de cloitre dans lequel sont percées 5 portes permettant d'accèder à chacune des grottes, de dimensions variées et dont la plus grande, la seconde, mesure 50 m de long, une quinzaine de profondeur et jusqu'à 6 m sous plafond. Elles sont intégralement peintes à même la roche, abritent des bouddhas couchés et autres bouddhas, stupas et divinités diverses. Les couleurs sont absolument magnifiques et préservées même si à certain endroits des retouches ont été faites vers le XVIIIe s.
Le bouddha ci-dessus, de la première grotte, est mort : on le sait au fait que ses pieds sont légèrement décalés. Il a atteint le nirvana.
Dans la seconde grotte se trouve également une jarre qui recueille depuis 2200 ans l'eau qui suinte de la montagne, goutte à goutte : elle sert depuis lors pour les offrandes de certaines cérémonies importantes.
Avant de repartir, Eliott, à qui un monsieur a gentillement offert une fleur de nénuphar, fait une dernière prière !
La descente est plus facile ! Nous faisons l'impasse sur le musée du bouddhisme situé sous le bouddha doré géant de l'entrée car les guides ne le recommandent pas, le temps est compté et ça va être pénible pour les petits. Nous remontons donc en voiture, non sans avoir attrappé dans le fond du coffre les crèmes solaires qui vont paraître indispensables pour la prochaine et dernière étape : Sigiriya.
Il s'agit d'un monticule de roche rouge de 200 m de haut situé au milieu d'une immense plaine de jungle et de marécages qu'un roi du XIe s. a investi comme citadelle après avoir assassiné son père et son frère pour accèder au pouvoir. Le site est tout bonnement incroyable et des scènes d'Indiana Jones et le Temple Maudit y ont été tournées, on comprend vite pourquoi !
On traverse tout d'abord un long jardin bordé de piscines et canaux perfectionnés.
Après les premières marches apparaissent, avec en toile de fond cette étonnante roche sortie de nulle part.
L'ascension ne commence vraiment qu'après avoir laissé sur notre gauche le "bassin octogonal", probablement une piscine pour les réjouissances du roi qui avait 500 concubines à honorer régulièrement. Un trou en fente dans le rocher le surplombant semble attester de l'installation d'un plongeoir...
Les volées de marches serpentent alors entre ou sous les rochers éboulés dans les sous-bois : le cadre est tout simplement magique. De part et d'autre du chemin se trouvent quelques grottes et / ou rochers remarquables mais il serait impossible de tous les citer car il y en a plus de 25.
La première étape d'importance se trouve au beau milieu de la falaise, dans une anfractuosité de la roche qu'ils atteignaient à l'époque avec des échaffaudages en bambous. Cela se fait désormais par un impressionnant escalier à spirale littéralement accroché dans le vide... Cette niche abrite les fameuses "Demoiselles de Sigiriya", une vingtaine de peintures très fines et colorées représentant des femmes de diverses ethnies (rapport aux concubines), extrêmement bien préservées car à l'abri de la lumière (no flash) et des intempéries. Un ravissement !
Elle n'ont pas de jambes car elles sont représentées sur des nuages. Le Nirvana n'est pas loin !
Nous poursuivons sur une rambarde en porte-à-faux qui longe la falaise et un escalier bien pentu nous amène au "Rocher du Lion", l'avant -dernier palier qui constituait la porte d'entrée de la forteresse du sommet. Deux pattes de lion encadrent l'escalier qui entame cette dernière ascension, mais bien vite les marches de pierre cèdent la place à un nouvel escalier métallique suspendu dans le vide : pas de quoi effrayer Eliott qui grimpe tout comme un grand !
Et pourtant, nous sommes entourés de nids de frelons, avec pour seule indication de ne pas faire de bruit car c'est cela qui peut provoquer des attaques...
En haut, après 1240 marches, nous devons être 10 touristes occidentaux... Par contre, il y a comme souvent sur tous les sites que nous visitons, plein de jeunes écoliers, collégiens ou lycéens qui ne se lassent pas de poser pour des photos.
Au sommet, rien de mieux à faire que de profiter à fond de la vue à 360 degrés et poser pour quelques photos. On surplombe notamment les bassins des jardins aquatiques.
Il n'y a plus que la base des murs, mais on imagine la citadelle qui pouvait troner ici, surtout quand on voit qu'il y avait même une piscine !
Bon, ben maintenant on va se faire les 1240 marches dans l'autre sens... Et avec nos petits sportifs, cela veut dire aussi que dès qu'il y aura un rocher sympa, une petite escalade s'imposera...
Oscar, lui, est toujours à l'affut de la moindre bestiole et il finit par nous dégoter un charmeur de serpent à quelques encablures de la sortie...
Nous n'échappons donc pas à la photo "serpent 2013" avec le magnifique python que notre flutiste rangeait sous ses fesses. Bon, ça c'est fait...
Pieds nus, ça fait plus vrai, pas vrai Oscar ? Pour pas qu'il y ait de jaloux, Eliott a droit à sa petite caresse et nous n'avons plus qu'à embarquer dans la voiture pour les quelques derniers kilomètres qui nous séparent du Rukmali Hotel à Habarana, notre étape pour les 3 prochaines nuits.
Un petit plongeon de nuit dans la piscine et un petit dîner au restaurant de l'hôtel nous permettent de récupérer de cette magnifique journée où nous avons vu tant de belles choses.